MOHAMED EL SHERBINI : « J’AI LES QUALITÉS POUR ARRIVER AU TOP »

Il y a quelques mois, le patronyme El Sherbini n’était connu des amateurs de squash que grâce à Nour, numéro 1 mondiale et double championne du monde, mais son cousin Mohamed est en train de se faire un prénom. Dimanche dernier à Annecy, l’Égyptien, entraîné par Thierry Lincou, a remporté son sixième tournoi sur le circuit international, en six finales. Entretien-vérité avec ce garçon de 25 ans, qui n’hésite pas à afficher ses (hautes) ambitions.

Propos recueillis par Jérôme Elhaïk

Crédit photo : Draz Foto

UN PARCOURS ATYPIQUE

Mohamed El Sherbini a sept ans lorsqu’il découvre le squash. « J’avais un copain qui y jouait, il prenait des cours depuis un an, » racontait-il il y a quelques mois (Source : PSA World Tour). « En le regardant jouer, je me suis dit que je pouvais certainement frapper plus fort que lui. Il s’est avéré que j’avais raison (rires), et l’entraîneur m’a demandé de revenir … » Le jeune Mohamed est doué, et les résultats arrivent naturellement. « J’ai toujours été parmi les meilleurs dans toutes les catégories d’âge, et ai même été champion d’Égypte -19 ans en 2010, » précise-t-il. « Mes principaux rivaux étaient Marwan El Shorbagy, Ali Farag, Amr Khaled Khalifa, Mohamed Abouelghar et Zahed Mohamed. Je suis fier de faire partie de cette génération. » El Sherbini se distingue aussi au niveau international : au British Junior Open (une demi-finale et deux quarts de finale), mais surtout au championnat du monde 2010. Il sort la tête de série n°3, un certain Lucas Serme avant de s’incliner en quart de finale. Pourtant il disparaît totalement des radars par la suite. « Après les juniors, je n’avais pas les moyens financiers de me lancer dans une carrière professionnelle. J’ai donc redéfini mes priorités, et ai décidé de me consacrer aux études afin de gagner ma vie. » Il part pour les États-Unis, où il obtiendra un diplôme en gestion des entreprises et économie à la Grand Canyon University de Phoenix (Arizona). Le squash est donc mis entre parenthèses mais pas complètement. Il fait deux brèves apparitions en PSA lors du tournoi local, et dispute quelques étapes du Pro Squash Tour : ce circuit parallèle – auquel ont aussi participé Thierry Lincou et David Palmer – avait fait polémique, avant de s’interrompre en 2014.

Photo d’archives : Mohamed El Sherbini (à gauche) ici en compagnie de Marwan El Shorbagy, lors du championnat du monde junior 2010 en Équateur 

« J’ai fait partie des meilleurs dans toutes les catégories d’âge en Égypte. »

Son retour sur le devant de la scène au printemps 2017 sera fracassant : en l’espace de cinq semaines, il remporte les quatre tournois de la tournée Sud-Africaine, dont trois fois en sortant des qualifications. Cette série de 22 victoires consécutives lui vaut de passer de la 378 à la 130ème place mondiale, et même d’être élu joueur du mois d’avril par la PSA. En compagnie de sa cousine Nour, numéro 1 mondiale depuis plusieurs années. « On est très proches, et je l’adore. » indique Mohamed. « Mais elle suit son propre chemin vers le succès, et moi je veux me faire un nom grâce à mes propres résultats. »

Mohamed El Sherbini est très proche de sa cousine Nour, numéro 1 mondiale (Crédit photo : Mohamed El Sherbini) 

THIERRY LINCOU, LE MODÈLE

Mohamed El Sherbini n’a pas que le squash dans la vie. Il a été impliqué dans une salle de fitness dans sa ville d’Alexandrie (« c’était une bonne expérience, mais je suis passé à autre chose, »), et a récemment co-fondé une société d’informatique. « Cette activité m’oblige à me déplacer assez fréquemment, afin de vendre nos logiciels à de grandes entreprises, » précise-t-il. L’Égyptien mène donc deux vies de front, puisqu’il se considère désormais comme « un joueur professionnel à part entière. Je suis basé à Boston, où je m’entraîne avec Thierry Lincou depuis le mois de septembre (l’ancien numéro 1 mondial est responsable de l’équipe universitaire au célèbre MIT). C’est la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma carrière. Avant lui, je n’avais jamais eu de coach qui connaisse aussi bien toutes les facettes de la discipline. Je suis ravi d’avoir Thierry à mes côtés : c’est une personne d’une rare humilité, et il est pour moi un modèle et une source d’inspiration. » Les fruits de cette collaboration n’ont pas tardé à se faire sentir : en octobre, Mohamed El Sherbini remporte son premier 10 000 $ à Cleveland – grâce à plusieurs victoires références – et intégre le top 100 mondial. 

De l’Afrique du Sud à la Savoie en passant par les États-Unis, Mohamed El Sherbini a accumulé les titres ces derniers mois (Crédits photo : Draz Foto, PSA World Tour, Mohamed El Sherbini)

SON PARCOURS À ANNECY

El Sherbini était passé tout près d’un résultat majeur pour son seul match en 2018, s’inclinant 11-9 au cinquième jeu contre Max Lee (n°22 mondial) en qualifications à Chicago. Concernant l’Annecy PSA Open, sa préparation avait été tout sauf idéale. « Je suis arrivé la veille des États-Unis, et mes bagages seulement deux jours plus tard… J’étais donc un peu préoccupé, et si on ajoute le décalage horaire de sept heures, je n’étais clairement pas assez  »focus » sur le tournoi. » Est-ce la raison pour laquelle le score de certains de ses matches ont ressemblé à des montagnes russes ? « J’aurais dû gagner à chaque fois 3-0, » affirme-t-il sans hésiter, « mais j’ai eu plusieurs coups de mou pendant mes matches. Cependant, j’ai eu recours à ma combativité, et quand j’ai serré le jeu j’ai montré qui était le patron sur le court. J’avais vraiment envie de remporter ce titre, j’en avais besoin pour booster ma confiance. » 

Tout n’a pas été facile pour l’Égyptien à Annecy, mais il a su trouver les ressources pour sortir vainqueur (Crédits photo : Draz Foto) 

« Quand j’ai serré le jeu, j’ai montré qui était le patron sur le court. »

Même s’il a mis fin aux espoirs Français, en battant Victor Crouin en quart puis Auguste Dussourd en demi (à chaque fois en cinq jeux), El Sherbini a su se mettre le public dans la poche. « J’adore la France, les gens sont vraiment sympas. C’est normal qu’ils aient encouragé leurs compatriotes lors des matches précédents, mais pendant la finale je leur ai donné un petit aperçu de ce que savent faire les joueurs Égyptiens. Je pense qu’ils ont apprécié (rires). »

El Sherbini s’est montré très disponible avec le public du Visa Form (Crédit photo : Draz Foto) 

MOHAMED EL SHERBINI VOIT (BEAUCOUP) PLUS LOIN

Satisfait de ce succès à Annecy – son sixième tournoi remporté, en six finales – El Sherbini ne compte cependant pas s’arrêter là. « Je sais que j’ai les qualités pour arriver au top, » confie le n°75 mondial, qui se définit comme un « pur attaquant. La base de mon jeu, ce n’est pas l’endurance comme certains autres joueurs. J’essaie de déplacer mon adversaire dans les quatre coins du court. » Armé d’une confiance à toute épreuve, il énonce des objectifs clairs : « Atteindre la place de numéro 1 mondial, et remporter tous les gros tournois au moins une fois. Mais j’ai évidemment besoin d’un peu de temps, afin d’engranger de l’expérience et de mettre mon jeu en place. Pour cela, je dois jouer un maximum de tournois. » À commencer par cette semaine, puisqu’il est au Nigeria pour un 15 000 $ (il s’est incliné en quart de finale hier soir, contre son compatriote Karim El Hammamy, ancien champion du monde). 

Mohamed El Sherbini veut aller très haut, et n’a pas peur de le dire (Crédit photo : Egyptian Streets)

« Les joueurs que j’avais l’habitude de battre quand j’étais jeune sont maintenant dans le top 10 mondial. Pourquoi pas moi ? »

Ses propos pourraient faire sourire certains, mais El Sherbini précise « ne pas être arrogant, je connais simplement ma valeur. » À quelques centaines de kilomètres de là, et quasiment au même moment, un certain Ramy Ashour prononçait les mêmes mots après sa victoire à la Grasshopper Cup. « Je ne savais pas qu’il avait dit ça (rires) ! » nous confie-t-il quand on lui raconte l’anecote. « Ce que je sais, c’est que j’ai travaillé comme un fou depuis trois mois, et que je mérite ce qui m’arrive. Je suis conscient que j’ai des objectifs très élevés, mais les joueurs que j’avais l’habitude de battre quand j’étais jeune sont maintenant dans le top 10 mondial. Pourquoi pas moi ? »

 

 

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