MOHAMED EL SHERBINI : « J’AI LES QUALITÉS POUR ARRIVER AU TOP »

Il y a quelques mois, le patronyme El Sherbini n’était connu des amateurs de squash que grâce à Nour, numéro 1 mondiale et double championne du monde, mais son cousin Mohamed est en train de se faire un prénom. Dimanche dernier à Annecy, l’Égyptien, entraîné par Thierry Lincou, a remporté son sixième tournoi sur le circuit international, en six finales. Entretien-vérité avec ce garçon de 25 ans, qui n’hésite pas à afficher ses (hautes) ambitions.

Propos recueillis par Jérôme Elhaïk

Crédit photo : Draz Foto

UN PARCOURS ATYPIQUE

Mohamed El Sherbini a sept ans lorsqu’il découvre le squash. « J’avais un copain qui y jouait, il prenait des cours depuis un an, » racontait-il il y a quelques mois (Source : PSA World Tour). « En le regardant jouer, je me suis dit que je pouvais certainement frapper plus fort que lui. Il s’est avéré que j’avais raison (rires), et l’entraîneur m’a demandé de revenir … » Le jeune Mohamed est doué, et les résultats arrivent naturellement. « J’ai toujours été parmi les meilleurs dans toutes les catégories d’âge, et ai même été champion d’Égypte -19 ans en 2010, » précise-t-il. « Mes principaux rivaux étaient Marwan El Shorbagy, Ali Farag, Amr Khaled Khalifa, Mohamed Abouelghar et Zahed Mohamed. Je suis fier de faire partie de cette génération. » El Sherbini se distingue aussi au niveau international : au British Junior Open (une demi-finale et deux quarts de finale), mais surtout au championnat du monde 2010. Il sort la tête de série n°3, un certain Lucas Serme avant de s’incliner en quart de finale. Pourtant il disparaît totalement des radars par la suite. « Après les juniors, je n’avais pas les moyens financiers de me lancer dans une carrière professionnelle. J’ai donc redéfini mes priorités, et ai décidé de me consacrer aux études afin de gagner ma vie. » Il part pour les États-Unis, où il obtiendra un diplôme en gestion des entreprises et économie à la Grand Canyon University de Phoenix (Arizona). Le squash est donc mis entre parenthèses mais pas complètement. Il fait deux brèves apparitions en PSA lors du tournoi local, et dispute quelques étapes du Pro Squash Tour : ce circuit parallèle – auquel ont aussi participé Thierry Lincou et David Palmer – avait fait polémique, avant de s’interrompre en 2014.

Photo d’archives : Mohamed El Sherbini (à gauche) ici en compagnie de Marwan El Shorbagy, lors du championnat du monde junior 2010 en Équateur 

« J’ai fait partie des meilleurs dans toutes les catégories d’âge en Égypte. »

Son retour sur le devant de la scène au printemps 2017 sera fracassant : en l’espace de cinq semaines, il remporte les quatre tournois de la tournée Sud-Africaine, dont trois fois en sortant des qualifications. Cette série de 22 victoires consécutives lui vaut de passer de la 378 à la 130ème place mondiale, et même d’être élu joueur du mois d’avril par la PSA. En compagnie de sa cousine Nour, numéro 1 mondiale depuis plusieurs années. « On est très proches, et je l’adore. » indique Mohamed. « Mais elle suit son propre chemin vers le succès, et moi je veux me faire un nom grâce à mes propres résultats. »

Mohamed El Sherbini est très proche de sa cousine Nour, numéro 1 mondiale (Crédit photo : Mohamed El Sherbini) 

THIERRY LINCOU, LE MODÈLE

Mohamed El Sherbini n’a pas que le squash dans la vie. Il a été impliqué dans une salle de fitness dans sa ville d’Alexandrie (« c’était une bonne expérience, mais je suis passé à autre chose, »), et a récemment co-fondé une société d’informatique. « Cette activité m’oblige à me déplacer assez fréquemment, afin de vendre nos logiciels à de grandes entreprises, » précise-t-il. L’Égyptien mène donc deux vies de front, puisqu’il se considère désormais comme « un joueur professionnel à part entière. Je suis basé à Boston, où je m’entraîne avec Thierry Lincou depuis le mois de septembre (l’ancien numéro 1 mondial est responsable de l’équipe universitaire au célèbre MIT). C’est la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma carrière. Avant lui, je n’avais jamais eu de coach qui connaisse aussi bien toutes les facettes de la discipline. Je suis ravi d’avoir Thierry à mes côtés : c’est une personne d’une rare humilité, et il est pour moi un modèle et une source d’inspiration. » Les fruits de cette collaboration n’ont pas tardé à se faire sentir : en octobre, Mohamed El Sherbini remporte son premier 10 000 $ à Cleveland – grâce à plusieurs victoires références – et intégre le top 100 mondial. 

De l’Afrique du Sud à la Savoie en passant par les États-Unis, Mohamed El Sherbini a accumulé les titres ces derniers mois (Crédits photo : Draz Foto, PSA World Tour, Mohamed El Sherbini)

SON PARCOURS À ANNECY

El Sherbini était passé tout près d’un résultat majeur pour son seul match en 2018, s’inclinant 11-9 au cinquième jeu contre Max Lee (n°22 mondial) en qualifications à Chicago. Concernant l’Annecy PSA Open, sa préparation avait été tout sauf idéale. « Je suis arrivé la veille des États-Unis, et mes bagages seulement deux jours plus tard… J’étais donc un peu préoccupé, et si on ajoute le décalage horaire de sept heures, je n’étais clairement pas assez  »focus » sur le tournoi. » Est-ce la raison pour laquelle le score de certains de ses matches ont ressemblé à des montagnes russes ? « J’aurais dû gagner à chaque fois 3-0, » affirme-t-il sans hésiter, « mais j’ai eu plusieurs coups de mou pendant mes matches. Cependant, j’ai eu recours à ma combativité, et quand j’ai serré le jeu j’ai montré qui était le patron sur le court. J’avais vraiment envie de remporter ce titre, j’en avais besoin pour booster ma confiance. » 

Tout n’a pas été facile pour l’Égyptien à Annecy, mais il a su trouver les ressources pour sortir vainqueur (Crédits photo : Draz Foto) 

« Quand j’ai serré le jeu, j’ai montré qui était le patron sur le court. »

Même s’il a mis fin aux espoirs Français, en battant Victor Crouin en quart puis Auguste Dussourd en demi (à chaque fois en cinq jeux), El Sherbini a su se mettre le public dans la poche. « J’adore la France, les gens sont vraiment sympas. C’est normal qu’ils aient encouragé leurs compatriotes lors des matches précédents, mais pendant la finale je leur ai donné un petit aperçu de ce que savent faire les joueurs Égyptiens. Je pense qu’ils ont apprécié (rires). »

El Sherbini s’est montré très disponible avec le public du Visa Form (Crédit photo : Draz Foto) 

MOHAMED EL SHERBINI VOIT (BEAUCOUP) PLUS LOIN

Satisfait de ce succès à Annecy – son sixième tournoi remporté, en six finales – El Sherbini ne compte cependant pas s’arrêter là. « Je sais que j’ai les qualités pour arriver au top, » confie le n°75 mondial, qui se définit comme un « pur attaquant. La base de mon jeu, ce n’est pas l’endurance comme certains autres joueurs. J’essaie de déplacer mon adversaire dans les quatre coins du court. » Armé d’une confiance à toute épreuve, il énonce des objectifs clairs : « Atteindre la place de numéro 1 mondial, et remporter tous les gros tournois au moins une fois. Mais j’ai évidemment besoin d’un peu de temps, afin d’engranger de l’expérience et de mettre mon jeu en place. Pour cela, je dois jouer un maximum de tournois. » À commencer par cette semaine, puisqu’il est au Nigeria pour un 15 000 $ (il s’est incliné en quart de finale hier soir, contre son compatriote Karim El Hammamy, ancien champion du monde). 

Mohamed El Sherbini veut aller très haut, et n’a pas peur de le dire (Crédit photo : Egyptian Streets)

« Les joueurs que j’avais l’habitude de battre quand j’étais jeune sont maintenant dans le top 10 mondial. Pourquoi pas moi ? »

Ses propos pourraient faire sourire certains, mais El Sherbini précise « ne pas être arrogant, je connais simplement ma valeur. » À quelques centaines de kilomètres de là, et quasiment au même moment, un certain Ramy Ashour prononçait les mêmes mots après sa victoire à la Grasshopper Cup. « Je ne savais pas qu’il avait dit ça (rires) ! » nous confie-t-il quand on lui raconte l’anecote. « Ce que je sais, c’est que j’ai travaillé comme un fou depuis trois mois, et que je mérite ce qui m’arrive. Je suis conscient que j’ai des objectifs très élevés, mais les joueurs que j’avais l’habitude de battre quand j’étais jeune sont maintenant dans le top 10 mondial. Pourquoi pas moi ? »

 

 

ANNECY PSA OPEN 2018 : UN TOURNOI QUI CONTINUE DE GRANDIR

Pas de Français en finale cette année à l’Annecy PSA Open, remporté par l’Égyptien Mohamed El Sherbini, mais la semaine fût néanmoins belle pour le nombreux public. Ainsi que pour les organisateurs, qui se projettent déjà vers l’avenir. Retour sur le tournoi en quelques points.

Article de Jérôme Elhaïk

Photos : Draz Foto

AN 2, LA CONFIRMATION. Parvenir à mettre sur pied un évènement est une chose, l’inscrire sur la durée en est une autre. La satisfaction est donc de mise pour Sébastien Singh et l’équipe de bénévoles issus de plusieurs clubs du département. « Comme l’an dernier, ça a été une très belle semaine, » raconte le président de l’association Seynod Annecy Squash. « Ça demande bien sûr une certaine implication de la part des bénévoles – d’autant plus que pour nous ça avait commencé dès le dimanche récédent, avec un tournoi jeunes qui avait rassemblé une quarantaine de participants. On termine la semaine un peu fatigués, mais en ayant également pris beaucoup de plaisir, ce qui est et doit rester notre moteur. » Renan Lavigne, entraîneur de l’équipe de France, etait présent au Visa Form pour conseiller les joueurs Tricolores. Il souligne « le dynamisme des organisateurs, qui sont des passionnés. Ils ont la chance d’avoir une belle structure, et avaient bien fait les choses : en faisant venir plusieurs arbitres officiels, mais aussi en retirant la vitre d’un court pour y installer une tribune. Même si d’un point de vue sportif, on souhaiterait avoir des tournois avec un prize money plus important, ce genre de choses a un coût et participe à la réussite d’un évènement. » Autre élément essentiel, le public. À la fois nombreux (plus d’une centaine de personnes du jeudi au dimanche) et enthousiaste. « En termes de niveau de jeu, les gens ont vraiment vu la différence entre un 5 et un 10 000 $, ils se sont régalés. » confie Singh. Même si ça avait commencé très fort avec la victoire du tenant en titre Benjamin Aubert contre la tête de série numéro 1, Richie Fallows, il n’y avait pas de Français en finale cette année. « D’un point de vue purement patriotique (sic), c’était une petite déception. » dixit Singh. « Mais elle a été largement compensée par la qualité des matches. S’il fallait n’en retenir qu’un, je dirais le Rooney – Jaume en demi-finale, qui a vraiment été épique. »

Le public a répondu présent, du début à la fin du tournoi

PATRICK ROONEY AIME LA FRANCE. Il avait déjà tapé dans l’œil du public Toulousain, lors de l’open international en janvier 2017. Demi-finaliste dans la ville rose, l’Anglais Patrick Rooney allait confirmer cette performance par la suite, intégrant le top 100 en juin. L’ancien champion d’Europe junior a ensuite connu un début de saison 2017-2018 compliqué, mais est reparti sur sa lancée en Savoie, en atteignant la finale. « Pourquoi je joue toujours bien en France ? Je ne sais pas trop … » confie le cousin du célèbre footballeur Wayne Rooney . « Peut-être grâce à l’ambiance, qui est toujours super dans votre pays. C’est motivant de jouer devant un tel public ! Ma demi-finale (contre Bernat Jaume) a été vraiment très dure, j’ai eu de la chance d’en sortir vainqueur. Je suis donc satisfait d’avoir été capable d’enchaîner un autre gros match : la finale contre Mohamed El Sherbini a été très serrée, je pense qu’on a tous les deux évolué à un bon niveau. Mais il a joué intelligemment dans le cinquième jeu. Quoiqu’il en soit, je suis content de ma semaine qui matérialise les progrès dans mon jeu, et j’espère que ça va continuer. » 

Malgré sa défaite en finale contre El Sherbini, Patrick Rooney était très satisfait de semaine Annecienne

L’AVENIR. « On sent chez eux la volonté de grandir sans brûler les étapes, » confie Renan Lavigne au sujet des organisateurs de l’Annecy PSA Open. Ces derniers ont d’ores et déjà entamé leur réflexion pour l’avenir. « On va en discuter avec le Comité Interdépartemental, et son président Michael Bourdillat, » précise Sébastien Singh, « mais peut-être qu’on fera une pause en 2019, pour mieux repartir. La saison a été longue pour les bénévoles, et il faut faire attention à ne pas les « griller ». » Plusieurs choses sont envisagées, de l’accueil du tournoi PSA dans un autre club du département, à l’organisation d’un championnat de France. Refléxion, mais aussi ambition. Car en toile de fond, il y a plus que jamais le passage du tournoi dans une autre dimension. « On a bien vu qu’on avait atteint la capacité d’accueil maximale cette année. L’objectif est donc d’installer un court vitré, pourquoi pas dans la salle dans laquelle a eu lieu la soirée de gala le samedi, mise à la disposition par la mairie. » Qui dit court vitré dit budget conséquent, « mais on sent qu’il y a un pool de partenaires solides et motivés, un peu à l’image de ce qui se passe à Niort. » selon Lavigne. « Le squash véhicule de belles valeurs, qui peuvent séduire de grandes entreprises, et il faut espérer qu’à l’avenir on verra des tournois d’envergure se mettre en place dans les grandes villes. » Peut-être à Annecy en 2020 ? Wait and see …

Ici en compagnie des deux finalistes, les organisateurs sont déjà projetés vers l’avenir

UNE OCCASION MANQUÉE POUR LES FRANÇAIS ?

Même s’ils ont été loin d’être ridicules lors de cette semaine Savoyarde, Renan Lavigne estime que dans l’ensemble, les joueurs Français ont « loupé une belle opportunité, car le tableau était très ouvert. » Ça avait pourtant démarré par un exploit, celui de Benjamin Aubert contre Richie Fallows, « grâce à un très gros match, » selon son entraîneur. Cette victoire – meilleur résultat de sa jeune carrière en termes de ranking – a néanmoins été sans lendemain. « Benji a été à nouveau victime de pépins physiques (adducteurs et talon) et n’a pas pu défendre ses chances contre Rooney. On va de nouveau consulter des spécialistes pour tenter de trouver des solutions. C’est dommage, mais il n’est pas trop atteint moralement car il a confiance dans son niveau de jeu. » Pour Baptiste Masotti, la problématique fût plutôt mentale. « Il n’est pas parvenu à se remobiliser après son excellente tournée Canadienne. Il était pourtant déterminé en rentrant sur le court pour son premier tour (contre l’Allemand Valentin Rapp) mais c’est difficile de gagner un match quand on fait 32 fautes en 4 jeux … J’estime cependant que ce n’est qu’un simple coup d’arrêt, car Baptiste a franchi des paliers récemment, notamment notamment dans son investissement quotidien. Il lui faut maintenant apprendre à enchaîner les performances, comme sont capables de faire les top players. »

Même si certains ont fait un bon parcours – à l’image de Dussourd, à droite – Renan Lavigne estime que les joueurs Français ont manqué une belle opportunité

L’une des satisfactions est venue de Victor Crouin, passé à trois points de la victoire en quart de finale, contre le futur vainqueur Mohamed El Sherbini. « Il n’a pas grand-chose à se reprocher tant le squash produit a été qualitatif, » affirme Lavigne. « Il lui a juste manqué un poil de lucidité dans les moments cruciaux. » De son côté, Sébastien Bonmalais (« qui a mené au score dans tous les jeux, mais n’a pas su conclure ») avait été éliminé au premier tour par son compatriote Auguste Dussourd, seul représentant Tricolore en demi-finale. Très diminué car malade, le joueur de l’US Créteil fût totalement dominé en début de match par El Sherbini. « Mais Auguste est un combattant, » commente Lavigne, « et il a réussi à  revenir en endormant complétement son adversaire. » L’Égyptien allait néanmoins s’imposer 12-10 au cinquième jeu, avant de remporter le lendemain son sixième tournoi, en six finales.

Ne manquez pas la deuxième partie de notre compte-rendu demain, avec un entretien à bâtons rompus avec le lauréat 2018,  Mohamed El Sherbini.

PHOTOS

Retrouvez les superbes photos de Draz Foto sur la page Facebook du tournoi

 

VIDÉOS

Tous les matches disputés sur le court principal sont disponibles en replay sur la page Facebook du tournoi

 

Annecy Psa Open 2018: J-1

À partir de demain et jusqu’à dimanche, le circuit professionnel prend ses quartiers au club du Visa Form à l’occasion du deuxième Annecy PSA Open. La finale de la première édition avait été 100 % Française, mais la concurrence monte d’un cran avec le passage dans la catégorie 10 000 $ : six joueurs du top 100 mondial, dont le favori Richie Fallows et trois Français (Dussourd, Masotti, Crouin), font partie des prétendants au titre. Tour d’horizon des forces en présence.

 

LE TENANT DU TITRE

 

Il avait été la belle histoire de la première édition il y a douze mois : encore incertain la veille du tournoi, Benjamin Aubert était sorti des qualifications, avant de remporter quelques jours plus tard son premier titre chez les professionnels. Une performance qui lui avait valu une première sélection en équipe de France, avec à la clé un titre de champion d’Europe (même s’il ne disputa qu’un seul match). Côté pile, le natif d’Amiens a continué sur sa lancée et a effectué un bon début de saison 2017-2018 : demi-finaliste à Niort (sa première sur un 10 000 $), finaliste à Berlin et vainqueur aux Internationaux d’Italie en décembre. Côté face, il n’est pas réapparu sur le circuit depuis cette victoire, la faute à des pépins physiques qui lui empoisonnent encore (trop) souvent l’existence. Néanmoins, Aubert a effectué sa rentrée il y a dix jours sa rentrée à l’open national d’Antibes, remporté aux dépens de son camarade d’entraînement Sébastien Bonmalais. « Une bonne dose de confiance avant Annecy, » pour son entraîneur au pôle France Renan Lavigne. Un tournoi que le Français aborde « sans pression, avec l’envie de donner le meilleur de lui-même. » Le tirage au sort ne l’a cependant pas épargné : il croisera la route de la tête de série n°1, l’Anglais Richie Fallows – dès le premier tour.

L’Annecy PSA Open est un grand souvenir pour Benjamin Aubert (Crédit photo : Draz Foto)

LE FAVORI

 

Richie Fallows aime bien notre pays. Ancien vainqueur de l’open de France Junior, l’Anglais avait remporté son premier tournoi 10 000 $ à Toulouse en janvier 2017, avant d’atteindre la finale à Niort il y a quelques mois. À 22 ans, ce grand espoir du squash Britannique a intégré le top 50 mondial en décembre. Il a certes perdu quelques places depuis, mais a réalisé un bon début d’année 2018 : quart de finaliste aux « British Nationals » (une première) et victoire référence contre Abdulla Al Tamimi (34ème mondial) à Detroit. Doté de qualités physiques au-dessus de la moyenne, Fallows possède également un tempérament explosif, qui lui a parfois joué des tours dans le passé. « Mais j’ai beaucoup travaillé sur mon mental, » nous disait-il après sa victoire dans la ville rose, avant d’ajouter : « J’aime bien les grosses ambiances, ça ne me dérange pas si le public encourage mon adversaire à condition qu’ils soient justes et apprécient mon jeu. » Il devrait être servi cette semaine, avec un tableau qui pourrait mettre de nombreux Français sur sa route. À commencer par Benjamin Aubert, dès le premier tour.

Richie Fallows est l’un des plus grands espoirs du squash Anglais (Crédit photo : PSA World Tour)

LES PRETENDANTS

 

L’une des attractions de la compétition sera incontestablement Mohamed El Sherbini. Cousin de la numéro 1 mondiale (Nour El Sherbini), cet Égyptien de 25 ans avait connu une jolie carrière en juniors, atteignant les quarts de finale du championnat du monde en 2010 (il avait sorti Lucas Serme, tête de série 3). Il s’est ensuite exilé aux États-Unis, où il a participé pendant quelques années au Pro Squash Tour : ce circuit parallèle à celui de la PSA avait fait polémique, avant de s’interrompre en 2014. On a ensuite perdu la trace d’El Sherbini, qui en 2015 participe à l’ouverture d’une salle de sport à Alexandrie, avant de faire une entrée fracassante sur le circuit en 2017 : lors de la tournée Sud- Africaine au printemps, il remporte quatre tournois et vingt-deux matches consécutifs ! Il confirme dans la catégorie supérieure en octobre, s’imposant à Cleveland (10 000 $) et intégrant du même coup le top 100 mondial. Il n’a pas beaucoup joué depuis, mais son dernier match en dit long sur son potentiel : il y a quelques jours à Chicago il est passé à deux doigts de battre Max Lee (22ème mondial) en qualifications …

Encore méconnu il y a quelques mois, Mohamed El Sherbini a fait une entrée fracassante sur le circuit (Crédit photo : Egyptian Streets)

Parmi les autres prétendants étrangers, on peut citer Mohammad Al Sarraj, absent l’an dernier en raison de problèmes de visa. Ce Jordanien de 19 ans, qui réside depuis quelques mois à Prague, a déjà remporté six titres sur le circuit international. Vous connaissez peut-être Bernat Jaume, qui joue en championnat de France depuis quelques années (Evreux, Toulon). Ce Catalan de 22 ans, présent au championnat du monde par équipe à Marseille, vient de remporter l’open d’Israël il y a quelques jours aux dépens d’un certain … Victor Crouin. Éliminé en quart de finale l’an dernier, le Toulonnais – qui vient d’intégrer le top 100 – a depuis pris une autre dimension : en junior (champion d’Europe, vice-champion du monde et finaliste du British Junior Open), mais aussi chez les professionnels avec déjà deux titres à la clé. Crouin aura à cœur de bien faire, pour l’une de ses dernières apparitions en France avant de rejoindre l’université d’Harvard en septembre.

Auguste Dussourd, Bernat Jaume, Baptiste Masotti, Victor Crouin et Mohammad Al Sarraj font partie des prétendants à la victoire cette année (Crédits photo : ML Photo, Philippe Rochais, Draz Foto, WSF World Juniors)

Les meilleures chances Tricolores reposent sur les épaules de Baptiste Masotti et Auguste Dussourd : rivaux depuis les juniors, leurs très bons résultats depuis septembre leur ont permis d’entrer dans le top 80 mondial. « Cette saison va être très importante pour Auguste, » nous confiait son entraîneur Philippe Signoret il y a quelques mois. Le Cristolien l’a pris au mot, enchaînant les tournois avec succès (trois titres et une finale entre septembre et décembre). Même s’il a subi un petit contrecoup logique, Dussourd aura de grandes ambitions en Savoie. Tout comme Masotti, auréolé d’une brillante tournée Canadienne : finale à Toronto, et premier quart de finale sur un 25 000 $ à Montréal, avec plusieurs matches références. Pour ces deux joueurs, cette semaine Savoyarde pourrait avoir son importance en vue de la sélection pour le championnat d’Europe.

… ET LES AUTRES

 

Outre Crouin, Masotti et Dussourd, on retrouve deux autres Français dans le tableau : le Réunionnais Sébastien Bonmalais, et Geoffrey Demont. Membre à part entière de l’équipe de France en 2015 et 2016, ce dernier a reculé au classement car il se consacre à ses études de kiné. Son adversaire au premier tour, le jeune Anglais Patrick Rooney avait effectué un superbe premier semestre 2017 mais peine à confirmer depuis. Têtes de série 2 et 6 des qualifications, Enzo Corigliano et le régional de l’étape Vincent Droesbeke peuvent espérer grossir le contingent Tricolore dans le « main draw. » Ce sera plus compliqué pour Rohan Mandil et Steven Fialeix, auxquels l’organisation a accordé une place de « local player, » tout comme à Tarek Shehata, joueur de l’équipe fanion du club. Comme en 2017, son équipier Luca Wilhelmi a reçu la wild card dans le tableau. Il en avait fait très bon usage en franchissant le premier tour, mais la tâche sera rude contre Victor Crouin cette année.

Le Suisse Luca Wilhelmi, qui joue sous les couleurs d’Annecy en championnat de France Interclubs, aura les faveurs du public (Crédit photo : Draz Foto)

Le tableau

 

Les quarts de finale théoriques sont les suivants : Fallows – Rooney, Masotti – Jaume, El Sherbini – Crouin et Al Sarraj – Dussourd. S’il parvenait à sortir vainqueur contre l’Espagnol, Masotti pourrait retrouver Fallows (qu’il n’a jamais battu) en demi. Dussourd est mené 2-1 par Al Sarraj dans leurs confrontations directes mais il a remporté la dernière au championnat du monde en décembre, alors que le match El Sherbini – Crouin représente une inconnue. Pourquoi pas une demi-finale 100 % Française ? Elle représenterait un gros défi pour Crouin, qui n’a jamais battu Dussourd. 

 

Ne manquez pas notre compte-rendu du 2ème open international d’Annecy en début de semaine prochaine. En attendant, vous pouvez suivre le tournoi au plus près sur la page Facebook officielle.

 

Facebook Annecy PSA Open 2018

Annecy Psa Open : une valeur montante

Douze mois après le succès de l’épreuve inaugurale, l’Annecy PSA 
Open remet le couvert à partir de mardi prochain au club du Visaform.

Prize money en hausse, forte délégation Française : tous les
ingrédients sont à nouveau réunis pour un tournoi que l’association
Seynod Annecy Squash inscrit dans une politique de développement à
long terme.

Article de Jérôme Elhaïk

C’est un phénomène que l’on espère ponctuel : seulement six tournois PSA auront lieu
dans l’hexagone en 2017-2018, contre dix la saison dernière. À l’inverse de cette
tendance, l’Annecy PSA Open rempile non seulement pour une deuxième année, mais
avec un prize money doublé (de 5 à 10 000 $). « Avec le recul, le bilan de la première
édition est très positif, » indique Sébastien Singh, président de l’association Seynod
Annecy Squash, et pierre angulaire d’un comité d’organisation qui compte bien inscrire
l’évènement sur la durée. « Aussi bien en termes de qualité des matches, d’implication
des bénévoles et d’image. » La promotion de la discipline – notamment auprès des
jeunes – dans une région où elle était relativement méconnue était l’un des principaux
objectifs. Il a été largement atteint, pour la plus grande satisfaction des partenaires.
« Nous avons eu de bons retours de la ville, qui nous accompagne à nouveau, » précise
Singh, « alors que nous avons même des sponsors supplémentaires, en plus de ceux qui
ont renouvelé leur engagement. » On prend les mêmes et on recommence, l’expression
est également valable du côté des bénévoles. Comme l’an dernier, ils ne sont pas
seulement issus de l’association hôte, mais de plusieurs clubs voisins. « C’est une
œuvre collective, » rappelle Singh,  « nous travaillons en collaboration avec le Comité
Interdépartemental du Squash Savoyard, et l’idée est que le tournoi n’ait pas forcément
lieu à Annecy tous les ans. »

La première édition de l’Annecy PSA Open avait été un franc succès (ici, les organisateurs en compagnie des deux
finalistes) (Crédit photo : Draz Foto)

En attendant, c’est bien au club du Visaform, « dont les responsables étaient ravis de la
première édition, » que les joueurs prendront leurs quartiers à partir de mardi prochain.
Et depuis douze mois, la jeune association qu’il héberge a continué à grandir (Seynod
Annecy Squash a vu le jour en 2015). « Nous avons désormais 140 licenciés (NDLR :
contre 90 l’année dernière), dont une vingtaine de femmes. Et l’école de squash compte
25 jeunes, ce qui représente sa capacité maximale pour l’instant, » précise son président.
Plus qu’un aboutissement, l’accueil d’un tournoi du circuit professionnel fait donc
partie intégrante d’un projet de développement à long terme. Tout comme la montée
en puissance de l’équipe fanion, promue en Nationale 3 et qui occupe la tête de sa
poule à la mi-saison (la troisième journée à lieu samedi). « Nous nous sommes renforcés
avec les arrivées de l’Égyptien Tarek Shehata et de Yannick Wilhelmi, jeune frère de Luca
qui jouait déjà chez nous. » Âgé de 17 ans, le Suisse a fait étalage de son potentiel en
atteignant récemment la finale de l’Open de France Junior puis en remportant celui
d’Allemagne le week-end dernier à Hambourg. « Si on peut monter dès cette année en
N2, on ne va pas s’en priver, » confie Singh. « Mais on ne veut pas aller trop vite en
besogne, et connaître les mêmes mésaventures que nos voisins d’Évian-Thonon- Gaillard
en football … (club qui a connu une ascension rapide jusqu’à la Ligue 1 avant de quasiment disparaître en raison de problèmes financiers). Notre objectif est néanmoins
d’aller le plus haut possible. Et si à moyen ou long terme, des jeunes formés au club
pouvaient faire partie de l’équipe, ce serait magnifique. » En attendant, ils pourront
encourager Tarek Shehata et Luca Wilhelmi la semaine prochaine (le Suisse est wild
card dans le tableau principal, comme en 2017).


Signe de la bonne santé du club, les deux équipes fanion visent la montée en Nationale 2 (Crédit photo : Seynod
Annecy Squash)

En plus de celle évoluant en N3, l’association compte six équipes au niveau régional.
Déjà responsable de la communication d’un événement « qui permet de faire connaître
le squash , » Coralie Segers conserve les mêmes fonctions cette année, « mais j’ai
franchi une étape supplémentaire car maintenant je fais partie de l’équipe
féminine (rires), » précise celle qui évoluait auparavant à Annonay aux côtés de sa
sœur Fanny, vice-championne de France junior. « On est actuellement en tête de la
première division régionale, et on va également tenter de monter en Nationale 2. » Segers
– qui comme l’an dernier vous fait découvrir les joueurs Français participants avec un
regard décalé sur la page Facebook du tournoi – confirme que l’open international
génère un « certain engouement » au sein d’un club où cohabitent en harmonie
compétiteurs et joueurs loisir. « Quel que soit leur âge ou leur niveau, le fait de voir des
professionnels leur donne envie de jouer, » ajoute Singh. D’autant qu’avec le passage
dans la catégorie 10 000 $, le spectacle devrait être au rendez-vous : six membres du
top 100 seront de la partie, dont Richie Fallows (59ème), grand espoir du squash
Anglais et favori logique de la compétition. Mais aussi le Jordanien Mohammed Al
Sarraj, « qui n’avait pas pu venir l’an passé en raison de problèmes de visa, » et
l’Égyptien Mohamed El Sherbini, cousin de la numéro 1 mondiale Nour El Sherbini. « De
nombreux pays sont représentés, ce qui est très important. » Face à eux, se dressera un
contingent Français aussi riche en quantité qu’en qualité, avec notamment trois jeunes
ayant récemment intégré ce top 100 (Dussourd, Masotti, Crouin).


Avec plusieurs joueurs du top 100 dont quelques Français, le spectacle devrait être au rendez-vous la semaine
prochaine au Visa Form (Crédits photo : ML Photo, Christian Lortat, Draz Foto, Philippe Rochais, Kent Open Squash,
Egyptian Streets)

Sans oublier Benjamin Aubert, qui se souvient encore « de la joie ressentie » lors de sa
victoire l’an dernier, son premier titre chez les professionnels, mais aussi « d’un club et
de personnes très accueillants. » Le natif d’Amiens n’a qu’un objectif, « donner le
meilleur de lui-même, » même si c’est Fallows qui l’attend au premier tour . « C’est
toujours sympa quand le vainqueur d’un tournoi revient l’année suivante, notamment
pour les spectateurs, » ajoutent en cœur Singh et Segers. Un public qui avait répondu
présent en 2017 (« une centaine de personnes pour la finale, »), et les organisateurs ont
d’ores et déjà anticipé une hausse. « On a retiré la vitre arrière de l’un des courts, afin
d’avoir davantage de tribunes. » Forts de l’expérience acquise lors de la première
édition, ils ont effectué d’autres ajustements, avançant par exemple le tournoi jeunes
au dimanche précédant le tournoi (11 mars). « L’an dernier, on l’avait placé le samedi, en
même temps que les demi-finales et ça avait été une très grosse journée, » sourit le
président. Avec cette volonté de toujours s’améliorer, Singh et son équipe ne cachent
pas leur souhait de franchir les paliers au fil du temps. « Quand on voit ce qui se passe à
Nantes, ça fait envie, ce tournoi est un modèle pour nous. La Savoie est une belle région,
et on peut imaginer plein d’endroits pour installer un court vitré… » « Connaissant
Sébastien, » confie Coralie Segers, « je ne doute pas une seconde qu’il voit beaucoup plus grand. » Affaire à suivre …


Le public avait répondu nombreux l’an passé, notamment lors de la finale (Crédit photo : Annecy PSA Open)

Ne manquez pas la deuxième partie de notre présentation en début de semaine
prochaine. Elle sera consacrée aux acteurs principaux du 2ème open
international d’Annecy – les joueurs – et notamment aux chances de victoire
Françaises.